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Lorsqu'il y a projet de modernisation d'un atelier, d'une chaîne de production, d'un service dans une entreprise, le médecin du travail peut être le témoin, que ce soit au cours des visites systématiques ou plus souvent lors de visites spontanées, de l'inquiétude, voire de l'angoisse des salariés face à " l'Inconnu " que représente ce projet.
C'est pourquoi il me semble primordial que, pour tout projet de modernisation dans quelle qu'entreprise que ce soit, les décideurs doivent être clairs et transparents vis à vis du personnel sur les évolutions techniques et organisationnelles prévues dans ce projet.
Ils doivent avoir, d'une part, réfléchi aux nécessaires formations engendrées par les nouvelles technologies et savoir comment celles-ci vont pouvoir être dispensées, en fonction des compétences des uns et des autres. C'est un point important car nous constatons assez fréquemment, chez des salariés ayant de l'ancienneté , une " résistance " au changement due au sentiment qu'ils ont de " perte de leurs repères " parfois aussi de " perte de leurs pouvoirs " ( dans le sens propre du terme), de " perte de leur expérience " et surtout de " peur de ne pas être à la hauteur ". Ceci est aussi à prendre en compte dans les entreprises ayant embauché des travailleurs handicapés : bien adaptés au poste après de gros efforts, ils sont considérés comme les autres salariés, mais lors de changement de technologie ou d'organisation, l'équilibre peut être rompu. Enfin pour certains salariés, ces formations pourront être le " starter " vers une évolution de carrière souvent souhaitée, mais étouffée par les habitudes ou des politiques managériales peu propices aux développement des compétences.
Ils doivent, d'autre part, laisser la parole aux personnels et revoir avec eux les organisations de travail, les laisser décliner les dysfonctionnements qu'ils vivent au quotidien et qu'ils jugent dans le secret du cabinet médical comme responsables d'usure et de démotivation. Ce moment est important car ils se sentiront acteurs de la transformation de leur travail, ils ne seront plus en terre inconnue et pourront adhérer plus sereinement au projet.
Pour le médecin du travail, préventeur connaissant bien le tissu humain de l'entreprise, celle-ci aura des chances de réussir sa modernisation si elle prend en compte les éléments exposés ci-dessus ; sinon elle risque de se retrouver face à des salariés refusant le changement, dans une ambiance de travail très dégradée, peu propice à la performance, où tout type de rumeurs peut circuler (licenciements, mise au placard, etc...), où la démotivation règne, où l'absentéisme galope et où la santé mentale du personnel peut être durablement altérée.
Patricia Gabinski, médecin du travail
C.H.U. Bordeaux
E-mail patricia.gabinski@chu-bordeaux.fr
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